Fin de postdoc : que faire après ? Les suites, chiffres en main
Postdoc qui se termine : destinations réelles des docteurs (IPDoc, SIES, Apec, Nature), parts académique/privé, stabilité à 1 an et 3 ans, et ce que la donnée publique ne dit pas.
Un postdoc se termine toujours par la même phrase dans le mail de la direction : « le contrat n'est pas renouvelé ». Ce n'est pas une sanction, c'est la structure du dispositif. Mais le jour où le terme approche, la question devient concrète : après ce contrat, vers quoi ?
La plupart des réponses disponibles sont des récits — ceux qui sont restés, ceux qui sont partis, ceux qui ont « réussi leur transition ». Ce que l'on lit rarement, ce sont les chiffres des destinations réelles des docteurs, publics et vérifiables en France. Il y en a, et ils racontent autre chose que le débat idéologique : à trois ans après la thèse, presque autant de docteurs travaillent dans le privé que dans l'académie. Voici ce qu'ils disent, et ce qu'ils ne disent pas.
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1. Le postdoc est un CDD par construction — pas un échec personnel
Avant de choisir une suite, il faut poser le cadre : le postdoc n'a jamais été conçu pour durer. L'enquête officielle française sur le devenir des docteurs le dit explicitement — quand elle explique pourquoi moins de la moitié des docteurs employés dans le secteur académique sont en CDI trois ans après la thèse, elle cite « les contrats post-doctoraux » parmi les causes (MESR-SIES, enquête IPDoc 2019, fiche EESR n° 15). Le CDD postdoc est la norme d'entrée en académie en France, et le non-renouvellement en est le fonctionnement ordinaire, pas une défaillance individuelle.
L'ordre de grandeur de la population concernée est lui-même révélateur de l'angle mort statistique :
- Aux États-Unis, 69 877 postdocs étaient recensés en 2024 dans les sciences et l'ingénierie — un record, en hausse de 6,1 % sur un an (NSF NCSES, enquête GSS, publication NSF 26-308).
- En France, aucun décompte national n'existe. Les publications officielles ne comptabilisent que certains contrats : 360 chercheurs sous contrat postdoctoral dans les EPST (CNRS, INSERM, INRAE…) et 250 dans les EPIC à fin 2023 (MESR-SIES, L'état de l'emploi scientifique en France, rapport 2025) — c'est-à-dire les seuls contrats relevant du statut LPR, pas la population réelle, qui se disperse entre établissements, financements ANR, européens et bourses étrangères.
Ce trou de données a une conséquence pratique : quasiment tout ce qui circule sur « les postdocs » est soit international (et ne décrit pas le cas français), soit anecdotique. Les chiffres fiables dont on dispose portent sur les docteurs — le postdoc étant l'une de leurs destinations.
2. Les destinations réelles, trois ans après la thèse
La meilleure série publique est l'enquête IPDoc du SIES, qui interroge les promotions de docteurs à 1 an, 3 ans et 5 ans. Trois ans après leur thèse, voici où se trouvaient les docteurs de la promotion 2016 en emploi (EESR n° 15, enquête IPDoc 2019) :
| Destination | Part des docteurs en emploi |
|---|---|
| Secteur académique | 49 % |
| R&D privée | 21 % |
| Privé hors R&D | 17 % |
| Public hors secteur académique | 13 % |
Autrement dit : 38 % des docteurs en emploi travaillent dans le privé trois ans après la thèse, contre un peu moins de la moitié dans l'académie. Et le mouvement se lit dès la première année : chez la promotion 2020, la recherche privée attire déjà 23 % des docteurs un an après la thèse (Note flash SIES n° 2024-25, septembre 2024).
Deux chiffres complètent le tableau, et ils sont rarement cités ensemble :
- La stabilité vient avec le temps, et plus vite hors académie. Un an après la thèse, 49 % des docteurs en emploi ont un poste stable ; trois ans après, 76 % (IPDoc, promotion 2020). Mais dans le secteur académique, seuls 45 % des docteurs employés sont en CDI à 3 ans, contre 93 % dans les entreprises (IPDoc 2019). La donnée est contre-intuitive et solidement sourcée : à l'échelle de trois ans, le contrat du secteur privé est structurellement plus stable que le poste académique précaire qui précède la titularisation.
- Un tiers de la fuite se joue à l'étranger. 32 % des docteurs en emploi travaillent hors de France (IPDoc 2019) — un débouché à part entière, dont la part grimpe à 52 % pour les docteurs de nationalité étrangère diplômés en France.
À cinq ans, la convergence est nette : pour la promotion 2007, 94 % des docteurs étaient en emploi dont 86 % en durée indéterminée (Céreq, enquête Génération 2007, Céreq Bref n° 316). La question du postdoc n'est donc pas « vais-je jamais m'en sortir » mais « combien d'années de CDD suis-je prêt à traverser pour la voie académique, alors que la voie privée stabilise plus vite ».
Notre article rester postdoc ou partir en industrie traite l'arbitrage au cas par cas ; ici on regarde ce qui vient après, concrètement.
3. Les trois suites possibles — et ce que chacune demande de préparer
Les destinations mesurées ci-dessus se regroupent en trois scénarios. Le critère de préparation est le même pour les trois : ce n'est pas votre niveau scientifique, c'est la lisibilité de votre profil en dehors de votre spécialité.
Suite 1 : un autre postdoc, en France ou à l'étranger. C'est le prolongement par défaut, et il a un coût documenté : aucune publication française ne mesure la durée moyenne des postdocs ni le nombre de postdocs successifs par personne — trou de données déclaré, contrairement aux États-Unis où les 69 877 postdocs de 2024 se cumulent avec les promotions précédentes. Les études disponibles suggèrent des cheminements longs (une étude suisse sur un petit échantillon place 45 % des parcours entre 4 et 6 années de postdoc — Philosophia Scientiae, 2021), mais le chiffre n'est pas transposable au cas français. Si vous partez sur un second postdoc, faites-le pour une raison explicite (acquisition d'une méthode, accès à un équipement, publications ciblées), pas parce que la suite n'était pas prête. Le calendrier de recrutement académique est serré : l'âge moyen au recrutement comme maître de conférences est de 34,5 ans (MESR, EESR n° 13 — donnée ancienne, à prendre comme ordre de grandeur), ce qui place la fenêtre de candidature MCF avant la fin du premier postdoc.
Suite 2 : le privé — R&D ou au-delà de la R&D. C'est la destination qui absorbe le plus de docteurs hors académie (21 % en R&D privée, 17 % dans le privé hors R&D, IPDoc 2019). Le marché publié est restreint mais réel : 1 970 offres d'emploi cadre destinées aux docteurs au premier semestre 2025, avec un salaire médian proposé de 45 000 € — et 50 500 € dans l'industrie (Apec, décembre 2025). Le point d'entrée dominant n'est pas l'annonce : l'approche directe finalise près de 11 % des recrutements de cadres et la cooptation un quart (Apec, Pratiques de recrutement de cadres 2026) — d'où l'importance d'une candidature spontanée bien construite et d'un profil LinkedIn qui parle recruteur. Le préalable est la traduction du CV : le vocabulaire académique ne passe pas les filtres, comme le détaille notre article sur les mots-clés que scannent les ATS.
Suite 3 : le public hors recherche académique. 13 % des docteurs en emploi travaillent dans le public sans être académiques : enseignement secondaire, administration, structures d'appui à la recherche, collectivités. C'est la destination la moins documentée des trois (pas de ventilation détaillée publiée) mais elle existe statistiquement, et elle présente le même intérêt que les autres pour qui veut rester dans l'écosystème sans enchaîner les CDD de laboratoire.
Les filières industrielles qui recrutent des docteurs donnent le cadrage chiffré par secteur pour la suite 2, et notre comparatif de salaire postdoc vs industrie les repères de rémunération.
4. Ce que la satisfaction des postdocs dit du calendrier
Une dernière série de chiffres, issue de l'enquête mondiale de Nature sur les postdocs (2020, 7 600 répondants de 93 pays) : 32 % décrivaient un poste pire que prévu et 26 % se déclaraient insatisfaits de leur situation professionnelle. Environ la moitié avaient déjà envisagé de quitter le milieu académique — ce dernier pourcentage provient d'une couverture secondaire de l'enquête, la publication originale étant payante, et nous le citons avec cette réserve. L'édition 2023 de l'enquête (6 571 réponses reçues, 3 838 exploitables) n'a pas publié de pourcentage lisible publiquement sur les intentions de carrière.
Ce que ces chiffres changent pour la décision : le doute sur la suite n'est pas une faiblesse personnelle, c'est la situation médiane décrite par les intéressés eux-mêmes. La variable sur laquelle vous avez réellement prise, c'est le moment où la préparation commence. Un postdoc dont le contrat se termine dans six mois et dont le CV n'a jamais été traduit n'a pas les mêmes options qu'un profil déjà lisible par un recruteur — et le processus de recrutement de cadre dure en moyenne 12 à 15 semaines (Apec, 2024), avant même la candidature.
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Questions fréquentes
Que faire après un postdoc quand on ne veut plus de l'académie ?
Trois voies mesurées par les statistiques publiques : le secteur privé (38 % des docteurs en emploi y travaillent trois ans après la thèse — 21 % en R&D privée, 17 % dans le privé hors R&D, IPDoc 2019), le public hors enseignement-chercheur (13 %), et l'expatriation (32 % des docteurs en emploi). La première décision n'est pas la filière mais la traduction du profil : un CV académique est filtré avant la lecture humaine, quel que soit le secteur.
Quelle est la part de docteurs qui restent dans l'académie ?
Trois ans après la thèse, 49 % des docteurs en emploi sont dans le secteur académique, mais seuls 45 % d'entre eux y sont en CDI (IPDoc 2019). La part en poste académique permanent est plus faible encore, et aucune publication française ne publie le taux de titularisation à terme — chiffre souvent demandé et jamais publié, que nous préférons ne pas avancer.
Combien de temps dure un postdoc en France ?
Aucune publication officielle française ne mesure la durée moyenne des postdocs ni le nombre de postdocs successifs. Les contrats type LPR dans les organismes (360 postdocs EPST et 250 EPIC recensés à fin 2023) durent 2 à 3 ans par construction, mais la donnée nationale sur les parcours cumulés n'existe pas — nous la déclarons comme un trou de données.
Est-il trop tard pour se réorienter après un postdoc ?
Non, et la donnée d'insertion le confirme : cinq ans après la thèse, 94 % des docteurs sont en emploi dont 86 % en durée indéterminée (Céreq, Génération 2007). Le marché des offres destinées aux docteurs reste ouvert : 38 % des offres cadres docteurs sont accessibles aux débutants (Apec, décembre 2025). Ce qui change avec le temps, ce n'est pas l'accès mais la longueur du processus : il faut compter 12 à 15 semaines de recrutement, auxquelles s'ajoutent le ciblage et la traduction du CV.
Méthode et sources
Les chiffres de cet article proviennent de sources publiques, consultées le 2 octobre 2026 :
- NSF NCSES, Survey of Graduate Students and Postdoctorates in Science and Engineering (GSS), publication NSF 26-308 (2026) : 69 877 postdocs en sciences et ingénierie aux États-Unis en 2024, +6,1 % par rapport à 2023.
- MESR-SIES, L'état de l'emploi scientifique en France — Rapport 2025 (PDF, publié en mai 2025), chap. III.1 : 360 chercheurs sous contrat postdoctoral dans les EPST et 250 dans les EPIC à fin 2023 (contrats relevant du statut LPR).
- MESR-SIES, Note flash SIES n° 2024-25, septembre 2024, enquête IPDoc 2021 (promotion 2020) : 89 % des docteurs en emploi à 1 an, 49 % en poste stable, 72 % dans la recherche publique ou privée, 23 % dans la recherche privée.
- MESR-SIES, enquête IPDoc 2023 (promotion 2020), résumé chiffré publié par l'école doctorale Dauphine-PSL : 94 % en emploi et 76 % en poste stable à 3 ans.
- MESR-SIES, fiche « Le devenir des docteurs trois ans après l'obtention de leur thèse », EESR n° 15, enquête IPDoc 2019 (promotion 2016) : ventilation des destinations (49 % académique, 21 % R&D privée, 17 % privé hors R&D, 13 % public hors académique), 45 % de CDI dans le secteur académique contre 93 % dans les entreprises, 96 % de cadres, 32 % travaillant à l'étranger, et l'attribution explicite des CDD académiques aux contrats post-doctoraux.
- Céreq, Calmand, Les docteurs : une longue marche vers l'emploi stable, Céreq Bref n° 316 (2013, enquête Génération 2007) : cinq ans après la thèse, 94 % en emploi dont 86 % en durée indéterminée.
- Apec, « L'emploi des docteurs dans le secteur privé : un marché restreint et spécifique », étude de décembre 2025 (données S1 2025) : 1 970 offres cadres docteurs, salaire médian 45 000 € (50 500 € industrie), 38 % accessibles aux débutants.
- Apec, Pratiques de recrutement de cadres 2026 et communiqué du 28 mai 2024 : approche directe 11 % des recrutements finalisés, cooptation un quart, délai moyen de recrutement d'un cadre (12 semaines, 15 dans l'industrie).
- Nature, Woolston, Postdoc survey reveals disenchantment with working life, Nature 587, 526-531 (2020) : 7 600 répondants de 93 pays ; 32 % de postes décrits comme pires que prévu et 26 % d'insatisfaits (vérifiés via la couverture de l'enquête dans PMC). Le « environ la moitié a envisagé de quitter le milieu académique » provient de cette couverture secondaire, la publication originale étant payante.
- MESR, fiche « Qualification et recrutement des enseignants-chercheurs », EESR n° 13 : âge moyen au recrutement de maître de conférences 34,5 ans (donnée ancienne, citée comme ordre de grandeur).
- Bataille & Sautier, Ce « qu'être postdoc » veut dire. Cheminements postdoctoraux en Suisse, circa 2010, Philosophia Scientiae 23-3 (2021) : petit échantillon suisse, 45 % des parcours entre 4 et 6 années de postdoc — non transposable au cas français, cité uniquement comme étude disponible.
Zones sans donnée, déclarées comme telles : aucun décompte national de postdocs n'existe en France (seuls les contrats LPR des organismes sont comptabilisés) ; aucune publication française ne mesure la durée moyenne des postdocs, le nombre de postdocs successifs, l'âge médian de fin de postdoc ni le taux de titularisation académique à terme. L'édition 2023 de l'enquête Nature ne publie pas de pourcentage lisible publiquement sur les intentions de carrière.
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